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Ici on se déplace au  » p’tit bonheur la chance ».
On agrippe, grimpe, monte dans tout ce qui roule et qui nous frôle; jeepney, bus, tricycle … Pas d’arrêt de bus, ni de panneaux pour indiquer l’horaires des passages.

Une fois assise, je m’agrippe à une barre fixée au plafond. Le vrombissement du pot d’échappement. C’est parti. L’air chargé de la ville s’engouffre et je me laisse porter. Le chauffeur est seul maître à bord, il se faufile tel un expert entre les obstacles en tout genre.  » In God We trust » est ce que je peux lire à l’arrière de son siège. Rien ne l’arrête, il garde son calme en toute circonstance. Seul le bruit du klaxon trahit son exaspération.

 

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Le Jeepney est un des moyens de transport les plus utilisés ici. Abandonnés par l’armée américaine à la fin de la seconde guerre mondiale, ces jeepney sont aujourd’hui de redoutables voiture de course « pimpées » à souhait, flamboyantes. Le soleil brûle le chrome de la carrosserie.
À l’intérieur, je m’y sens bien, paradoxalement comme à l’abri du tumulte extérieur.
Malgré les embardées, les brusques coups de freins et la carlingue qui s’emballe, j’ai confiance.
Pour payer le conducteur, pas de ticket, ni d’horodateur, mais la parole et les gestes. Le chauffeur fixe son prix et l’annonce tout en conduisant. Commence alors la danse des pièces. Celles-ci sont transportées de mains en mains jusqu’à atteindre l’avant du véhicule pour atterrir entre celles du pilote. Les genoux s’entrechoquent, les coudes se frôlent, les mains se touchent : le contact avec l’autre est inévitable. On se touche : premiers liens.

En nous rendant à Cubaõ Expo, quartier underground de Manille, je fais la connaissance d’une dame. Elle est le genre de personne dont la belle âme transparait à travers le regard. Elle possède des cheveux courts grisonnant coiffés sous un épais serre-tête. Son nez est fin, surmonté d’une paire de lunettes à la monture dorée. Elle est assise à ma gauche. Originaire de la province sud des Philippines, elle accompagne sa belle-fille enceinte de quelques mois. Curieuse, elle me demande quelles sont mes origines, ce que je fais aux Philippines, combien de temps j’y reste. Elle connait l’ONG dans lequel nous travaillons. Je lis le scepticisme dans son regard : Are you building houses? Evidemment. Peu crédible, vu ma corpulence. L’une des missions principale de l’organisme dans lequel nous travaillons consiste à reconstruire des maisons pour sortir les familles des bidonvilles. Je lui explique alors que nous aidons l’ONG autrement qu’avec la force de nos bras. Son front se défroisse. Elle me demande mes premières impressions sur Les Philippines. A mesure que je fais l’éloge de son pays, je sens l’inquiétude monter en elle. Elle finit par me mettre en garde, me dire de faire attention à moi et de ne jamais, jamais trainer seule. Celle-ci veille aussi à ce que je cache mon appareil photo que je porte autour du cou sous mon tee-shirt et la hanse de mon appareil sous mes cheveux. Rien ne nous lie, mais le temps d’un transport, je m’attache à cette inconnue.
A peine le temps de lui dire au revoir, nous bondissons hors du jeepney. Je ne lui ai même pas demandé son prénom.

 

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J’ai toujours cette sensation de ne pas comprendre le monde qui m’entoure. Tout semble si anarchique et chaotique. Mais plus je me ballade dans les veines de cette ville, plus je commence à comprendre son fonctionnement. Je me confronte à elle et l’interroge. Pourquoi, comment? Je veux comprendre. Mais je prends conscience que pour cela je dois oublier. Oublier la vie d’où je viens. Comparer ce n’est pas comprendre.

 

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La surconsommation
Ça déborde. De partout. De manière inattendue. On tourne la tête et on tombe nez à nez avec un  » Mall ». Immense centre commercial à perte de vue. Royaume de la consommation à outrance. À l’intérieur, tout est nouveau. Mais pour autant le fonctionnement est le même. Même grande surface, mêmes rayons remplis, même profusion, même musique assommante, même caisse.

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Bayani Brew, crée il y a 2 ans, est une entreprise sociale de la Ferme spécialisée dans la fabrication d’IceTea Philippin. Fabriquée à base de produits locaux ( citronnelle, feuilles de patate douce ) cette boisson rafraichissante est un nouvel exemple de création de produits entièrement philippin. Nous entrons dans le local, accompagnées d’Elmar, employé de la firme. Ici, je comprends un des enjeux principaux de toute entreprise sociale : comment passer d’une création artisanale à une production commercialisable, de masse ? Une des problématiques de l’entreprise est de proposer un produit entièrement biologique mais qui possède pour autant des conservateurs. La solution : l’ajout d’acide ascorbique ou Vitamine C au sein du procédé.
L’ensemble de cet entretien est assez décalé et impromptu. Nous devons retirer nos chaussures et enfiler des chaussons d’intérieur. Je fais tout de même quelques pas pieds nus, le sol est en carrelage, frais, rafraîchissant. Pourquoi devons-nous changer de souliers ? Pour l’hygiène ? Ou pour marquer l’entrée dans un lieu spécifique ? Tout se passe comme si nous nous trouvions dans un lieu aseptisé, à cheval sur l’hygiène, rigide sur les protocoles. Pourtant les murs sont turquoises, les machines de laboratoires semblent d’un autre temps et surtout il y a ce jeune garçon assis. Qui nous tourne le dos, la tête dans un livre de karaoké. Et qui chante à cappela tout le répertoire des dernières chansons américaines d’une voix suraigüe.

Les philippins chantent. Partout, tout le temps.

La soirée FireCamp&Marshmallow est rythmée par un guitariste philippin à la voix magnifique. Véritable Jukebox vivant, il enchaîne chaque chanson avec enthousiasme. Incollable, il chante un répertoire incroyable : House of thé Rising Sun de The Animals en passant par Price Tag de Jessie J. Je chante à tue-tête avec lui. Ici je prends conscience que la musique rapproche et crée des liens. Langage universel, la musique déride et allège une situation en douceur.
Elle ouvre le coeur autant que les sens.

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